Samian, le rappeur Algonquin : porte-parole du Wapikoni mobile
Il a réalisé ses premiers vidéoclips dans le studio ambulant. Son premier cd l’a propulsé au Top 5 de Musique Plus. Il offrait un vibrant témoignage en janvier dernier au prestigieux Festival international de courts métrages de Clermont Ferrand où une rétrospective des films du Wapikoni a été présentée dans plusieurs salles à guichets fermés.
Né en 1983 dans la petite communauté de Pikogan en Aibiti-Témiscamingue, Samian, dont le nom est simplement la traduction algonquine de son prénom Samuel, est un métis engagé qui a choisit le rap comme mode d’expression. En 1998, à l’âge de 13 ans, sa soeur l’inscrit à son insu dans un concours de poésie qui deviendra le lieu de sa première présentation publique. À la surprise de plusieurs, il choisit de faire les choses autrement et de rapper le poème qui lui a valu la première place au concours.
Dans ses textes, Samian parle de sa vie qui n’a pas toujours été facile. Il parle des siens et de la vie avec lucidité et passion.. En 2004, après un parcours pénible l’amenant à vivre une vie de nomade, il décide de revenir chez lui. C’est ainsi qu’il fait la rencontre de la cinéaste Manon Barbeau, celle qui lui a littéralement sauvé la vie grâce à son projet : le Wapikoni mobile. Cette unité mobile, entièrement équipée pour la production vidéo et l’enregistrement musical fait escale à Pikogan et Samian en profite pour exprimer ses nombreuses préoccupations. Il enregistre plusieurs chansons et réalise quelques vidéoclips. Il devient rapidement la figure de proue du projet et représente le Wapikoni mobile dans plusieurs festivals de cinéma et de court métrage au Québec et en France. En 2006, son vidéoclip Courage remporte d’ailleurs le prix du meilleur vidécolip lors de la première édution du Festival international des peuples autochtones unis qui avait lieu à Pau, dans le sude de la France. À ce festival, il fait aussi la rencontre de Florent Vollant, un des membres du célèbre duo Kashtin. Samian assure la première partie de son spectacle sur la grande scène extérieure.
Sur son chemin, il croise aussi monsieur André Dudemaine, directeur des activités culturelles de Terres en vues, la société responsable du Festival présence autochtone à Montréal. En 2004, celui-ci le met en contact avec le groupe Loco Locass. Cette année0là, il se lie d’amitié avec les membres du groupe et participe à plusieurs de leurs spectacles. Pendant cette période, il commence à intégrer l’algonquin dans ses textes intelligents, sensibles et touchants. C’est toute une révélation, tant pour le public qu’il représente que pour l’auditoire qui s’intéresse aux autochtones du Québec. Depuis, c’est avec l’aide de sa grand-mère que Samian redécouvre l’histoire de son peuple et réapprend sa langue maternelle. Ses chansons rattachent ainsi son histoire personnelle au destin des Algonquins d’Abitibi et invitent au dialogue entre les Québécois et les Premières nations.
Les jeunes autochtones ont avant tout besoin d’espoir et d’estime de soi. Samian est donc rapidement sollicité à titire de modèle pour sa génération. Ainsi, en 2005, il commence à collaborer dans plusieurs projets avec entre autres le Ministère des affaires indiennes, l’Office national du film et APTN (le Réseau de télévision des Peuples Autochtones). Il écrit des textes pour des campagnes de prévention portant sur la problématique du décrochage scolaire, du sida et des problèmes liés au jeu compulsif. En 2007, il accepte également d’être porte-parole aux côtés de Paul Piché et de Raoul Duguay pour le Forum Social Québécois et il accompagne Florent Vollant à la soirée de clôture du Forum socio-économique des Premières nations à Mashteuiatsh. Aux élections provinciales de 2007, Samian a été honoré par la demande de Ghislain Picard, Grand chef des Premières Naitons du Québec et du Labrador : ouvrir sa conférence de presse par une interprétation a capella d’un texte engagé qui dénonce les pensionnats et la perte des territoires ancestraux.
En 2006, Samian rencontre Anodajay, le “rappeur des bois” abitibien au spectacle des Loco Locass à Rouyn-Noranda. Anodajay est connu comme étant un ardent défensur du hip-hop québécois et est également producteur indépendant et promoteur de spectacles. Il s’intéresse beaucoup au talent de Samian et propose une association dans la production de son premier album. En 2007, ils commencent à travailler ensemble sur scène et en studio, offrant des prestations en duo sur plusieurs scènes au Québec. La production de son premier album prend alors son envol sous l’étiquette de disques 7ième Ciel Records.
Avant même que l’album Face à soi-même ne soit lancé, le premier extrait La paix des Braves (en duo avec Loco Locass) est lancé à la radio. Samian a d’ailleurs eu la chance d’être accompagné pour interpréter cet extrati par l’orchestre du Camp St-Alexandre au spectacle Loco Locass Symphonique à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Cet extrait devient alors, selon Laurent Saulnier, vice-présidentà la programmation des FrancoFolies et du Festival international de jazz de Montréal, “l’une des meilleures chansons des FrancoFolies 2007″.
Sur son premier album, Samian choisit de nous offrir une interprétation personnelle de sa vie, de son parcours, de son identité et d el’histoire des siens. En plus d’incorporer des tambours et des chants autochtones aux rythmes hip-hop contemporains, il demeure fidèleà lui-même et mise sur des texte rassembleurs et engagés.
Sur l’album Face à soi-même, il travaille aussi avec son ami Florent Vollant dans une chanson portant sur la cause environnementale. Avec son partenaire Anodajay, il enregistre un duo qui est la seule chanson que Samian interprète entière en algonquin. Avec Shauit Aster, un artiste innu qui harmonise le reggae avec sa langue maternelle, Samian nous offre une chanson lumineuse et énergique. Finalement, La paix des Braves avec Loco Locass vient commémorer l’union entr eles Québécois et les Premières nations.
Depuis 2008, Samian travaille avec l’équipe d’Anacrouse à la tournée québécoise de son premier album. Étant père de famille et très préoccupé par l’avenir des jeunes, il s’implique avec le Conseil en éducation des Premières nations dans uen tournée des écoles secondaires dans les commuanutés. Il effectue des prestations dans le cadre de différents festivals.
En 2010, de retour d’une tournée pendant laquelle il a promené son rap engagé et sa poésie porteuse d’espoir jusqu’en Indonésie en passant par Vancouver, la Finlande, le France et la Chine, Samian lance son 2e album Face à la musique. Réalisé par Félix-Antoine Leroux, Steve Jolin et Samian, cet album propose 14 pièces percutantes dans lequel le rappeur a choisi de faire vivre et promouvoir la langue de ces ancêtres, l’algonquin, pour ainsi offrir un hip-hop fidèle à la réalité de sa communauté. Avec une plume aussi frappante que précise, ses textes portent le message de toute une nation qui a du mal à se faire entendre.
Les mots chantent les drames/les mots viennent de l’âme/les mots
n’ont peur de rien, car les mots sont une arme. Les mots, Samian